Interview de Carole Tagliaferri : explorer l'art IA poétique et l'imagerie cinématographique

À une époque où l'imagerie générée par l'IA tend souvent vers le spectaculaire ou la démonstration technique, peu d'artistes parviennent à allier technologie et émotion avec la précision de Carole Tagliaferri. À travers ses projets sur tagliaferri.art et tagli.ai, elle a développé un langage visuel distinctif, qui semble moins généré que mémorisé.

L'œuvre de Tagliaferri se situe à l'intersection de l'imagerie poétique par IA, de la photographie cinématographique et de la narration visuelle. Ses compositions, souvent en noir et blanc ou aux tons sourds, explorent la douceur, le flou, le contraste et la fragmentation. Plutôt que de présenter le corps, elle le suggère : silhouettes, gestes et formes partielles deviennent des outils narratifs. Le résultat est une atmosphère à la fois intime et distante, suspendue quelque part entre le rêve et le souvenir.

Ce qui rend sa pratique particulièrement convaincante dans le paysage actuel de l'art IA, c'est son refus de réduire le médium à une performance technique. Au lieu de cela, elle utilise l'intelligence artificielle comme un outil de résonance émotionnelle, créant des images qui évoquent la contemplation, la nostalgie et une tension subtile. Il y a une sophistication tranquille dans son approche, rappelant la photographie éditoriale mais infusée de quelque chose de plus insaisissable, une dimension irrationnelle, presque métaphysique.

Dans cette interview pour Parfaliaz.com, nous explorons son processus artistique, sa relation avec l'IA en tant que médium, et comment elle construit ces récits suspendus qui persistent longtemps après la disparition de l'image.

Voici son bio.site et son Instagram

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis directrice artistique et graphiste indépendante, française, basée en Provence. Je travaille sur le branding et le webdesign le jour, et la nuit – ou dès que je peux – je crée des portraits féminins à l'aide de l'IA sous le nom de Tagliaferri.art. Deux pratiques, mais en vérité une seule obsession : rendre l'émotion visible.

Depuis combien de temps utilisez-vous l'IA générative ?

Depuis 2022. Je l'ai d'abord abordée en tant qu'artiste, pour explorer, questionner, et aussi expliquer un outil qui, à l'époque, était encore largement indéfini. J'ai exposé, j'ai vendu, j'ai expérimenté sans vraiment savoir où cela mènerait. Puis, progressivement, quelque chose a basculé. J'ai compris que l'IA n'était pas seulement un moyen de produire des images, mais une façon de construire des mondes visuels, d'accompagner le récit d'une marque avec la même profondeur et la même précision que des outils plus traditionnels. Aujourd'hui, les deux pratiques coexistent naturellement. Le travail artistique nourrit le travail professionnel, et le cadre professionnel, en retour, donne structure et discipline à l'exploration artistique.

Quelle est votre plus grande source d'inspiration en ce moment ?

La photographie, sous toutes ses formes, reste mon langage principal. Mais la littérature m’a toujours été aussi essentielle — Bobin, Gary, Zweig, Kundera. Ils partagent tous cette capacité à exprimer quelque chose de profondément essentiel avec clarté et retenue, sans jamais perdre l’intensité émotionnelle. C’est exactement ce que je recherche lorsque je crée une image : quelque chose de distillé, mais jamais vide, quelque chose de précis, mais toujours vivant. Lorsque j’écris un prompt, je ne commence pas par l’image elle-même. Je commence par une phrase, ou parfois juste par une tonalité, et l’image émerge de cela.

Quels outils d’IA utilisez-vous ?

J’utilise principalement Midjourney, non pas pour sa rapidité mais pour la qualité de son rendu, notamment pour le portrait féminin, et pour la manière dont il répond à des intentions plus nuancées, presque littéraires, dans les prompts. Je ne cherche pas à produire rapidement. Ce qui m’importe, c’est le processus, la friction même. Je passe par des centaines d’itérations pour arriver à quelque chose qui me semble exact — un regard, une tension, une présence qui tient. Si l’outil devient trop facile, il devient aussi moins intéressant. J’ai besoin qu’il résiste, au moins un peu, pour que le travail existe.

Un conseil pour ceux qui veulent se lancer dans l’art IA ?

Je dirais : arrêtez de chercher le prompt parfait. Il n’existe pas, et plus important encore, cela manque l’essentiel. Un prompt n’est pas un raccourci vers une belle image ; c’est une façon d’amplifier ce que vous portez déjà. S’il n’y a rien derrière, l’outil ne fera que générer du vide à grande échelle. La vraie question se pose donc avant le prompt : qu’essayez-vous de mettre au monde, quelle émotion cherchez-vous à faire apparaître ? Une fois que cela est clair, les mots — et les images — suivront.

Images © Carole Tagliaferri 2026

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